Question à un franc : puis-je boire une bière en conduisant ?

Il y a peu, alors que nous arpentions entre amis une nationale ensoleillée en direction des Ardennes, se posa soudain une question incongrue mais néanmoins d’importance capitale sur le moment : le conducteur peut-il (juridiquement) s’ouvrir une bière avant que nous ayons atteint notre destination ?

Quelqu’un a-t-il une idée ? Oui bien les bons conseils du commandant de gendarmerie qui figurait en couverture de votre manuel de conduite ne sont déjà plus qu’un lointain souvenir ?


En réalité, la réponse est OUI… et NON !


Commençons par tordre le cou à une évidence : il n’est bien entendu pas permis de conduire en état d’intoxication alcoolique. Pour rappel, la loi du 16 mars 1968 relative à la police de la circulation routière sanctionne pénalement le fait de conduire avec une concentration alcoolique supérieure ou égale à 0,5g par litre de sang (ou 0,22mg par litre d’air expiré) – ce qui grosso modo correspond à un maximum de deux bières pour les hommes et d’une bière pour les femmes. Mais quid si on reste en deçà de cette limite ?

En fait, le code de la route – qui, soit dit en passant, est qualifié de code par abus de langage mais n’en est pas un à proprement parler – n’interdit pas formellement de boire au volant (alors qu’il défend par contre expressément de conduire en tenant un téléphone portable en main).

Par contre, le fait de boire une bière en conduisant peut constituer – au même titre que n’importe quelle boisson, nourriture ou cigarette – une distraction tombant sous le coup de l’interdit formulé par l’art. 8.3 de l’arrêté royal du 1er décembre 1975, qui dispose que :

Tout conducteur doit être en état de conduire, présenter les qualités physiques requises et posséder les connaissances et l’habileté nécessaires.

Il doit être constamment en mesure d’effectuer toutes les manœuvres qui lui incombent et doit avoir constamment le contrôle du véhicule ou des animaux qu’il conduit.

En d’autres termes, le fait de retirer une de vos mains du volant pour attraper votre cannette et la porter à vos lèvres peut vous empêcher de manœuvrer adéquatement, au cas où vous devriez tout à coup éviter un obstacle par exemple.

Bref, si un agent de la maréchaussée vous surprend une boisson à la main pendant que votre véhicule est en mouvement, il peut vous verbaliser (infraction de second degré) et la peine encourue est une amende de minimum 60€ (alors même que tous les tableaux de bord des véhicules modernes sont aujourd’hui équipés de portes-boisson, ce qui, convenons-en, est tout de même assez cocasse!).

Mais le plus important est sans doute ailleurs : en tant qu’infraction au code de la route, le fait de boire au volant peut avoir une incidence sur la détermination des torts en cas d’accident et donc la responsabilité qui en découle – ce qui en définitive peut revenir autrement plus cher qu’une amende.

Au final, dans le silence de la loi, tout sera donc question d’interprétation. En cas de contestation, l’appréciation du juge sera déterminante.

Prudence, donc…

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