Attaque du Thalys : ce que la fiction nous dit des dangers du repli sécuritaire

LONDRES, début du XXIe siècle. Trois attaques bactériologiques, présentées comme l’œuvre d’extrémistes religieux, frappent simultanément une station de métro, l’école primaire de Sainte Mary et la station d’épuration de Three Waters, causant la mort de milliers de citoyens britanniques. Aveuglée par la peur, la population se réfugie dans le giron accueillant du parti Norsefire, qui promet de rétablir la sécurité de ses concitoyens face à la menace terroriste. Les recettes proposées ? Fermeture des frontières, écoutes téléphoniques, couvre-feu, contrôle de l’orientation sexuelle et religieuse et, de manière générale, recul des libertés individuelles.  Le parti obtint 80% des voix aux élections suivantes, décréta l’état d’urgence et se maintint au pouvoir jusqu’à un salutaire sursaut de conscience populaire, une veille de 5 novembre


BRUXELLES, samedi 22 août 2015. Suite au déjouement d’une attaque à l’arme de guerre dans un train transfrontalier reliant Amsterdam à Paris, le Premier ministre belge annonce sur le plateau d’une chaine de télévision son intention de renforcer les mesures de sécurité en place. Solutions proposées ? Révision des accords de Schengen qui permettent la libre circulation des citoyens, évolutions législatives visant à faciliter les écoutes téléphoniques et le contrôle des communications sur internet, contrôle d’identité et des bagages dans les gares. Selon le Premier ministre, il faudra trouver un « nouvel équilibre » entre les libertés publiques et les contraintes nécessaires pour lutter contre le terrorisme.


Toutes proportions gardées, si la ressemblance entre ces deux histoires apparait d’emblée, celles-ci diffèrent tout de même sur deux points significatifs : tout d’abord, le premier récit est fictionnel et sert d’intrigue au film V for Vendetta sorti en 2006, alors que le second est (malheureusement) bien réel ; mais par ailleurs, et c’est sans doute le plus important, dans le second cas, la suite de l’histoire n’est pas encore écrite !

Alors, bien sûr, le rôle confié à l’État en vertu du contrat social consiste à protéger ses citoyens ; bien sûr, il y a sans doute moyen d’améliorer sur certains points la sécurité des transports par rail  ; et bien sûr, comme l’a rappelé Barack Obama, on ne peut pas avoir à la fois 100% de sécurité et 100% de respect de la vie privée ; mais la question mérite tout de même un débat de société : jusqu’à quel point sommes nous prêts à renoncer à nos libertés pour assurer notre sécurité ?

Il est en tout cas certain que les mesures qui seront prises vont être appelées à perdurer. Il n’y a en effet aucune raison de penser que la menace terroriste va baisser au cours des prochaines années.  Charles Michel lui même ne dit pas autre chose lorsqu’il estime que « de plus en plus, on va devoir être dans une société de cette nature-là« . Autre certitude : le risque zéro n’existe pas et les moyens déployés n’empêcheront jamais toute possibilité de nuisance des terroristes.


Nous ne prétendons pas être dépositaire d’une solution ultime face à cette problématique, et le détail des mesures projetées n’est de toute manière pas encore définitivement arrêté. Il n’y a d’ailleurs pas de consensus sur la question, certains prônant par exemple « plus de Schengen » et non un retour aux frontière nationales. Mais dans la recherche du « point d’équilibre », citoyens et politiciens devraient tout de même garder à l’esprit quelques questions de base, telles que : vaut-il mieux vivre libre malgré le risque terroriste ou vivre sans risque mais sans liberté non plus ? Renoncer à nos libertés, n’est-ce pas justement donner au terroriste la satisfaction d’avoir ébranlé un des piliers de la démocratie qu’il cherche à combattre ? En définitive, si ce n’est pas pour sauvegarder nos libertés, pourquoi luttons-nous contre le terrorisme ? Dans l’édito du Soir d’aujourd’hui, Marc Metdepenningen estime quant à lui que : « La liberté est le meilleur rempart contre l’insécurité. Celle de savoir la nature, réelle ou exagérée, de ces menaces agitées par le gouvernement pour soutenir son discours sécuritaire est bafouée. L’opinion publique est priée de se soumettre docilement sans être invitée à être le partenaire lucide de leur mise en œuvre« . Et l’éditorialiste d’en appeler à de véritables débats parlementaires sur ces mesures sécuritaires.


Pour conclure avec l’allégorie par laquelle nous avions débuté, nous nous permettons de renvoyer à un intéressant article paru en 2013 sur slate.fr et qui nous explique que la science-fiction sert avant tout à nous montrer ce dont l’avenir ne sera pas fait… si nous agissons en conséquence. En effet, si les prédictions d’auteurs tels que Alan Moore ou Georges Orwell sont sans doute plus sombres et pessimistes que ce qui nous attend réellement, les récits de science-fiction peuvent nous encourager à réfléchir aux possibilités politiques, sociales et éthiques à venir… pour être pleinement acteur de notre destin. Ne laissons pas la peur guider nos choix d’avenir. La fin de l’histoire n’est pas encore arrêtée… à nous de l’écrire.

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